lundi, mai 25



Ayant lu Zein und Zeit, Anna s’était toujours demandée quel homme pouvait se cacher derrière un tel charabia. Bien que le corps ne fût pas très présent tout au long de l’ouvrage, elle persistait à penser en Bonne-femme qu’elle était, qu’un être capable d’engendrer un tel travail devait receler en son âme bien des secrets à la manière d’un Kant imaginaire qu’elle aurait rêvé de connaître. Elle décida donc de se rendre sur place en Bavière pour comprendre l’humain derrière le concept. Elle ne fut pas déçue….

Une fois sur place, elle demande à tous les ploucs du village s’ils connaissent un certain Heidegger.
- Ahhhhhh Martin ! Ya ! Ya !
Le gueux sur son tracteur pointait du doigt un petit chemin qui semblait ne mener nulle part en gluturrant tant bien que mal tel un primate :
- Hutte ! Hutte ! Hutte !
-
Lorsqu’elle le renconte pour la première fois, il fait son jardin. Elle est touchée par la douceur avec laquelle il caresse les roses en chantonnant des lieders, tenant entre les gros doigts boudinnés de sa main droite un verre de terre qui se tortillait dans tout les sens de l’être. Il l’acceuillit avec sourire.
- Aaaaaaaaahhhhhhhhhhhhh ! Bonnnnnnjouuuuuuuuuuuuurrrrr !
Le courant passe entre les deux êtres, ils commence à se fréquenter tous les jours, mais très rapidement, la fascination, l’étrangeïté laisse place à l’ennui, chaque pas ensemble ne fait que révéler des différences ontiques entre les deux dasein quotidiens.
Elle, aime la ville, lui la cambrousse. Elle, aime sortir s’éclater, danser et écouter du Jazz dans les clubs à New york en compagnie de beaux antillais bien montés, lui n’en voit que pour la teutonne à double couette dansant la farandolle en se tenant par le petit doigt.
Le tandem ne marche pas très fort. Elle, est classe, lui s’en tape et se complait dans son rôle de bouzeux crasse.
Chaque fois qu’ils vont chercher le pain au village voisin, tous les jeunes ploucs morts de jalousie et chauds comme des porcs la dévisagent en se foutant la main dans l’froc. Ils l’appellent l’américaine. Lui, est une véritable chiffe molle. Martin est un faux calme, il n’assume pas la raillerie et les provocations des badauds. Chaque ballade lui rappelle toutes ces années d’humiliation où il se faisait castagner et mettre des doigts dans le cul dans les dortoirs du pensionnat catholique.
Parfois, en rentrant à la hutte, il pique des colères et fait valser tous ces vieux grimoires, crachant sur ce salopard de Husserl !
Le moins que l’on puisse dire est que le cadre ne soit pas toujours propice à la concrétisation des désirs.
La hutte est frugale. Pas d’électricité, obligé d’aller au chiotte au fond du jardin par -2. De quoi couper sec les quelques ardeurs que le verbe avait pu éveiller en Anna. Au début Anna trouve cela plutôt romantique. Martin lui lit Schiller et Hoderlin sur fond de craquement de feu de cheminée. Au fond, elle est même excitée par la situation. Pommée dans la Bavière elle s’imagine qu’il la fait attendre, qu’il fait monter la pression, joue les colériques pour affirmer sa puissance. Elle pense qu’il va tôt ou tard lui faire le grand jeu, qu’elle pourra gueuler comme jamais elle ne l’a pu dans son appartemnt de Brooklyn.
Il reste cependant très distant. Il se lève prétextant des bruits dehors, puis se recouche. Il casse le rythme, paraît tendu, respire de plus en fort.
- Martin…martin regarde moi…ça ne va pas…tu fais de l’asthme peut-être ?
- Nein ! Nein !!
Visiblement, il balise au lit, il se leve encore. Ecartant le rideau rayé rouge et blanc comme les emballages de camembert, il regarde en silence près de la fenêtre et fronçant les sourcils il balançe :
- Il fait froid ce soir. Le vent souffle fort… (Ich dast güt wiener verskellung).
Elle, comme un peit oiseau sur fond de tempête demande à aller aux toilettes.
-Tu veux l’fusil ? Tiens met mes bottes ! !!!

De retour des latrines, elle le trouve allongé sous une peau d’ours dans un pyjama caca d’oie, le cul tourné sur le côté.
Elle s’avance doucement sur le lit pour lui susurrer à l’oreille :
- T’es déjà couché ?
- Bah oui, le coucou a sonné les dix heures. Je dois me lever à 4h30, j’ai une collation vin blanc et tarte flambée après la chasse des copains chez Hanz à 6h00 de l’autre côté de la plaine et comme j’y vais à pied…après il faut que je bosse sur mon bouquin…..alors……..
Elle commence, à se coller contre lui, passe lentement sa main dans son froc, commence à l’asticoter :
-Allez, Viens là mon gros Dasein ! »,
Là, il se retourne en Furher en braillant comme un putois :
- T’es qu’une salope ! Le curé du village m’avait bien dit de me méfier d’toi comme du diable et d’la peste!!! Va dormir sur le foin sale trainée !
Il se mit à cracher sur les juifs. On imagine la surprise d’Anna, qui se mit à pleurer. Elle essayait bien de chercher la cause de tant de haine, mais il se refermait sur lui-même comme une huître.
- C’est ce que tu penses de moi ?
- Non mais toi c’est pas pareille, on dirait pas que t’es juive…..
- Comment ça ?
- Baaaaah, t’as pas l’nez crochu, tu m’as pas encore parlé de pognon. En plus on dirait que tu aimes la philosophie…et les juifs n’aiment pas la philosophie, c’est bien connu. Tu en connais toi des philosophes juifs ?
- Bon, je crois qu’il vaut mieux qu’on arrête Martin….
- C’est ça, c’est ça…..
- Tu n’as pas l’air de bien comprendre ce que je te dis….
- Hein ?
- Je prends l’avion demain pour New-York, ce sera mieux…
- Tu veux que je t’accompagne en charrette à l’aéroport ?
- Non laisse. Je vais rejoindre la route à pieds et je ferai du stop…ça vaut mieux. J’ai besoin d’air.


Au troquet du coin où Martin a pignon sur rue, la sagesse populaire et un coup de Shnaps requinquent notre apprenti étant.
- Ne t’en fais pas mon garçon, une de perdue dix de retrouvées. Ce n’était pas une fille pour toi. T’en verra d’autres !
- Vous avez raison !!! Schnell !!!


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